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Objectif n° 5 : Le changement ou l’attirance des contraires

Quand vous avez rencontré Estelle, ce sont les points communs qui vous ont rapprochés. Mêmes goûts, même éducation, mêmes aspirations. En trois coups de cuiller à pot, on se comprend à demi-mot comme si on se connaissait depuis vingt ans. Vos amis s’émerveillent de cette complicité. Vous êtes à 100 % sur la même longueur d’onde et on peut même dire que vous vous ressemblez chaque jour un peu plus, comme un couple de vieilles perruches. Votre duo est beau comme de l’antique. On en pleurerait presque.

« Une femme doit être assez cultivée pour séduire les hommes stupides, et assez vulgaire pour plaire aux hommes intelligents. »

André Guillois, humoriste

Si on y regarde de plus près, il y a bien quelques différences. Vous êtes bordélique, elle est organisée, mais vous êtes bricoleur et elle a deux mains gauche. Vous ne savez toujours pas s’il faut manger les gambas avec des couverts ou avec les doigts, mais sa délicieuse éducation bourgeoise y a pourvu, et vous n’avez qu’à vous laisser guider par ce double féminin si complémentaire.

La maman et la putain

Seulement, il y a cette fille du service communication. Vous êtes discret, elle est très voyante. À vrai dire, il y a tellement d’air entre le bas de ses petits hauts et le haut de ses petits bas, qu’on dirait la vitrine d’un magasin de lingerie. C’est la fête du string porté comme un gyrophare, tellement voyant, tellement limite vulgaire, que vous ne risquez pas d’y succomber.

Vous, votre truc, c’est Estelle, ses bonnes manières, ses culottes en coton Petit Bateau à 3 euros, façon « élégance, discrétion, courtoisie ». Une sobriété faite pour durer. La Volvo de la sensualité.

Seulement, c’est difficile de la rater, cette fille de la com’. Car quand elle n’est pas en train de gravir les échelons de la hiérarchie en faisant du rappel sur les ficelles de son string, ce sont ses opinions limites vulgaires qu’elle vous colle haut et fort sous le pif. Pas votre genre ça, la fille qui fait du grabuge. Vous, votre mode d’échange, c’est plutôt moine cistercien du XVe. Le ton est cordial, linéaire, le niveau de décibels est toujours sous contrôle. C’est ça qui est formidable chez Estelle, sa façon d’être toujours là sans se faire remarquer.

Seulement il y a cette satanée fille. Qui hurle à demi nue dans les couloirs, qui vous gratifie de ses saillies vexantes « Oh la, sale tête pour un lundi matin, pas assez de sexe ce week-end ? », qui aime à partager ses contrariétés en faisant voler dans son bureau des classeurs sur de jeunes éphèbes stagiaires surdiplômés qui viennent chez elle se faire humilier avec délice, comme on va en boîte sado-maso.

« Il est presque impossible de rendre heureux son propre mari. C’est beaucoup plus facile avec le mari d’une autre. »

Zsa Zsa Gabor, comédienne

Depuis votre plus tendre enfance, limite catéchisme, cette fille-là on vous a dit : « Restes-en à l’écart. C’est la putain. » La putain est vulgaire, la putain est too much, mais Dieu ce que la putain est excitante.

Elle vous met le feu à des endroits condamnés pour absence d’usage, et si d’aventure vous daigniez ne pas vous offusquer lors de votre prochaine conversation autour d’un long sucré (le 336 de la machine), peut-être pourrait-elle vous faire découvrir des terres inexplorées. Elle n’a rien de commun avec Estelle, à part qu’elle ait été brune, avant de passer aux arômes artificiels. Le sol de la cafèt’ se dérobe sous vos pieds. Vous riez à ses blagues, vous êtes fait comme un rat.

Chercher son contraire, ce n’est pas seulement essayer le grand noir quand on est avec un petit blanc, c’est pactiser avec le diable. Alors méfiance dans les cafèt’, leur lino est pavé de bonnes intentions.

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