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Objectif n° 4 : De l’attention

Ce qu’il y a de bien dans la vie de couple, c’est l’habitude. Au début on trouve cela touchant de se réveiller côte à côte, de prendre ses douches ensemble, de se laver les dents de concert. Au bout de huit ans, au réveil, vous embrassez votre cher et tendre du bout des lèvres pour ne pas avoir à respirer son haleine de chacal mort de la peste, vous traquez le cheveu au fond du bac de douche aussi sûrement qu’un orpailleur colombien la pépite dans un torrent boueux, et vous fuyez l’atelier Pepsodent en restant scotchée devant la rediffusion des Feux de l’amour.

Pas brillant, brillant, mais après sept années de bons et loyaux services sans même un petit regard en coin vers un autre mâle que le vôtre, vous vous trouvez assez méritante. L’exaltation du début, ça fait longtemps qu’elle a été ensevelie sous des tombereaux de quotidien, par le bulldozer de la vie à deux. Mais le bon côté des engins de terrassement, c’est qu’ils aplanissent tout sur leur passage surtout les situations de conflit et les fâcheries domestiques. Du coup avec Antoine, vous voilà aussi unis que Placid et Muzo, Boule et Bill, Asraël et Gargamel. Tellement unis que souvent, vous avez l’impression de ne plus exister, d’avoir été incrusté dans le décor comme la présentatrice météo sur sa carte de France des températures. Un baiser le matin sur le départ pour le boulot, un autre lors du retour des braves à la tanière et, dans les bons jours, un petit smack rapide avant de s’endormir dos- à-dos.

Question conversation, en dehors des vacances et des week-ends, vous avez l’impression de parler mandarin ancien à un Cantonnais atteint de la pneumopathie atypique. Vous dîtes : « Tu sais, ma réunion de groupe sur l’exonération de la TIPP pour les SARL du secteur 34 bis de demain, eh bien j’hésite pour les transparents. » Et il répond : « De toute façon, moi j’ai pas très faim, on peut juste se faire une salade, si tu veux. » Second essai avec un truc simple que même Gudule, du haut de ses 5 ans et quart, comprendrait : «J’ai déjeuné avec Sandra à midi et elle aussi elle a acheté les mules fuschia » et il répond « Finalement moi, je prendrais plutôt le home cinéma avec le dolby surround que le graveur de DVD. » Biiiiiiip, c’est la mauvaise réponse.

Du coup, lorsque Grégory, le nouveau commercial, vient vous voir pour vous féliciter de la pertinence de vos transparents après la réunion tant redoutée, vous voilà toute légère, détendue parce que le stress est derrière vous, mais aussi étonnée que quelqu’un remarque tout le mal que vous vous donnez.

D’ailleurs, lorsque le lendemain matin, en vous offrant un 322 « café long-non sucré-supplément lait », Grégory glisse un regard en douce sur vos fabuleuses mules fuschia avant de dire qu’ils sont quelques-uns dans le service à vous avoir élu la fille la plus élégante de la boîte, c’est plus un Nescafé amélioré que vous buvez mais du petit lait !

« Dans la vie en général, il ne paraît jamais naturel, ni mérité d’être aimé. C’est un honneur. »

Daniel Pennac, écrivain

EXIS-TER !

En prenant le risque d’aller butiner le pré du voisin, ce qu’on recherche c’est de l’attention et de la considération. E-XIS- TER. Exister en tant qu’individu, et non uniquement en tant que pilier incontournable de la famille Dugonder, que membre indéfectible du binôme Laurence et Philippe, que maman d’Alexandre et Maÿlis. On veut s’affirmer, dépoussiérer ses envies, réviser ses classiques. On a envie que quelqu’un jette un œil neuf sur vous, qu’il ou elle rit à vos blagues Carambar alors que votre officiel, depuis trente ans que vous les lui serinez régulièrement, ne lève même plus un sourcil.

Dans votre famille, on vous voit comme une femme active, méritante, capable de travailler en trouvant encore du temps pour éduquer correctement ses deux enfants sans qu’ils ne passent trop de temps avec des nounous. Votre amant vous voit, lui, comme l’intello du service, la fille qui sait tout faire, la reine de la langue (étrangère surtout mais pas que…), la grande spécialiste de l’équation à trois inconnues dans le plan comptable quinquennal. Ça fait palpiter votre petit cœur de lire un peu d’admiration dans les yeux de votre illégitime. Pour votre mari, vous seriez caissière chez Lidl, ce serait pareil. Avec votre amant, vous êtes de nouveau le centre d’attention, la seule étoile qui brille dans son ciel. Vous voilà transformée en quelqu’un de spécial, d’extraordinaire, de brillant. Il vous donne l’impression de lui être indispensable. A la maison aussi vous êtes indispensable, mais pas de la même manière, juste pour lancer des machines ou réparer le placard à balais.

Terra incognita

Comme les multiplications, ce sentiment de découverte est transitif. Si vous avez tout à coup l’impression que votre maîtresse ou votre amant vous dévore des yeux à chaque rencontre, il y a de fortes chances que vous fassiez de même. Alors que dans votre tanière, au premier froncement de sourcil, vous savez reconnaître si votre régulier a envie d’une galipette ou d’un paquet de chips au vinaigre, avec votre amant vous voilà aveugle. Tromper son conjoint, c’est devenir le Champollion d’une nouvelle pierre de rosette. Le corps et l’esprit de votre nouveau compagnon de jeu se transforment en terra incognita que vous devez déchiffrer du bout de doigts. Elle vous plaît, vous en êtes certain, cependant, vous ne la connaissez pas vraiment. Ce bouquet de roses lui fera-t-il plaisir ? Appréciera-t-elle ce restaurant ? Aime-t-il que vous lui passiez la main dans les cheveux ? Les porte-jarretelles, ne va-t-il pas trouver ça un peu trop osé pour un 3′ rendez-vous ?

« On commet l’adultère avec un tiers qui n’est pas sa moitié. »

Anonyme

De cette méconnaissance de l’autre naît une incertitude plaisante, le sentiment de connaître des moments extraordinaires. L’impression de vivre dans la lumière, d’exister, de vibrer après des années passées à n’être qu’une moitié de binôme, c’est ça qui est grisant.

 

 

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