delamour

Objectif n° 3 : Retrouver la magie des premiers instants

Quand on tombe amoureux, on tremble comme une feuille morte à la moindre sonnerie de téléphone, on n’a plus faim, on saoule ses amis avec la description du nouvel élu de son cœur. Et puis il y a l’Impact, les parties de jambes en l’air, la démultiplication des déodorants sur le rebord du lavabo. Des centaines de plateaux-télé, des milliards de repas chez Belle-Maman, des milliards de samedis Auchan-Décathlon- Ciné Cité. Celui qui fut un rêve inaccessible est devenu un complice de tous les instants, avec option compagnon pour toujours. Petit à petit, de la relation de séduction homme/femme, on passe à une relation de complicité, d’amitié, de parenté. Plus vous fusionnez avec votre moitié, plus vos relations ressemblent à celles d’un maître et de son épagneul. On se fait plein de papouilles, on n’a plus besoin de se parler pour se dire les choses, on regarde sa boîte de Pal dans le blanc de l’œil, et là, petit coup de blues.

C’est d’autant plus difficile à vivre, que sous vos yeux, à longueur de film et de téléfilm, ça tombe amoureux à tire-larigot. Comme s’il n’y avait que les rencontres qui intéressaient les scénaristes. Tout nouveau tout beau, c’est un thème qui les excite plus que les noces de vermeil. Devant votre télé ou votre écran de cinéma, inlassablement, vous revoyez Julia Roberts tomber amoureuse de Richard Gere, dans ce qu’on pourrait considérer comme LE fléau qui menace la stabilité de votre couple : la comédie romantique américaine.

Hollywood en produit à la tonne. C’est toujours la même histoire, et on se fait prendre à chaque fois. On tombe amoureux de l’acteur ou de l’actrice, on sort de là le cœur léger, et puis on se retourne vers celle à qui on tient la main depuis le début de la séance : Monique. Brave, fiable, trois fois médaillée au championnat de France de sa catégorie. Monique c’est du solide, mais Monique me fait moins vibrer que Julia Roberts. Direction la machine à café, le local CE ou le cours de chant jazz, pour voir s’il n’y aurait pas un ersatz de star américaine à se mettre sous la dent. Mettez-moi de la stagiaire, de l’attachée de presse, et si vous n’en avez plus, sortez-moi donc la nana qui s’occupe des tickets resto à la compta. Grandes jambes, grande bouche, un seul œil certes, mais avec un peu de chance, par temps brumeux, en lui sortant le grand jeu à la Pizza del Arte du centre commercial, je me sentirai un peu le Richard Gere de ma ville, Clermont-Ferrand.

Tout nouveau, tout beau

La recherche de la magie des premiers instants peut avoir un caractère sexuel. Chez le nouveau venu, tout est affriolant. Les caresses, les baisers, les odeurs, la manière d’enlever ses vêtements. Découvrir un nouveau corps, de quoi il a l’air, comment il fonctionne. Avec lui, les étreintes sont plus fréquentes. Il faut dire que si vous êtes calé comme la plupart des couples sur l’ébat hebdomadaire, d’un coup, vous avez besoin d’un sérieux contrôle technique.

Et à force de perdre haleine dans ces moments qui n’existent pas, vous vous dites que vous devriez un peu lever le pied sur les Philip Morris bleues, et que finalement, l’ascenseur, quand on n’habite qu’au deuxième étage, c’est pas forcément obligatoire.

La fréquence des rapports sexuels

64 % des Français font l’amour 1 à 3 fois par semaine, 22 % le font moins d’une fois par semaine, 6 % tous les jours, 3 % moins d’une fois par mois et 1 % le font plus rarement encore !

Source : Francoscopie, 2003

La fréquence de vos rapports augmente donc de façon vertigineuse, à tel point qu’en quelques semaines, vous dépassez le bilan annuel obtenu à la maison avec persévérance, malgré vos quinze ans de vie commune. Embringué dans une vie si trépidante, vous avez parfois l’air d’un zombie, mais le sourire banane ne vous lâche pas.

Et il y a pire, les étreintes vous laissent une impression nouvelle, non seulement parce que vous les accomplissez avec quelqu’un de nouveau, mais aussi grâce au contexte de l’interdit. Vous n’êtes plus dans l’obligation, la servitude du long fleuve tranquille de la vie en commun. Vous voilà dans l’aventure. La grande embardée romantique, où les cœurs battent comme les hauts parleurs d’une rave party. Mon cœur bat par amour, par ravissement pour cette toile d’événements inextricables dans laquelle je me laisse prendre…et aussi par peur. Car il y a le risque. Derrière la porte ou au prochain feu rouge, ma femme ou mon mari m’attend peut-être, non pas le couteau entre les dents, mais au moins avec une clef de 12. Le risque engendre la peur et le frisson. Et comme la ligne entre le plaisir et la douleur est ténue, mais que vous êtes plutôt là pour vous faire plaisir, la menace a tendance à vous faire frissonner. Décliner le Kâma-Sûtra au milieu de la cuisine Vogica conjugale, c’est mal. Mais se dire qu’à tout moment, Robert peut revenir parce qu’il a tâché sa cravate avec les bolos de midi, voilà qui nous donne la petite décharge d’adrénaline qui manquait à notre vie trop rangée. Vous n’êtes plus Françoise, mais l’aventurière intrépide de la prise contre l’évier, l’indiana jones du 69 sur plan de travail.

Vous découvrez combien il est simple de devenir un agent double, quelqu’un qui vit à 10000 à l’heure, et qui a beaucoup à perdre si l’on découvre sa trahison.

« Les matins se suivent et se ressemblent, quand l’amour fait place au quotidien. »

Joe Dassin, chanteur

 

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