de l'amour

Objectif n° 2 : De l’amour

En amour comme en jardinage, ce qui marche pour la croissance, c’est l’attention. Il faut être sur le coup, savoir quand ça monte en bouton, quand la fleur va éclore, quand ça commence à se dessécher puis à se faner. Dans notre monde consumériste, pour être tranquille et ne pas avoir à trop s’occuper du jardin, il est facile d’investir dans l’arrosage automatique. On achète, on pose une bonne fois pour toutes, on recouvre et hop, il n’y a plus qu’à regarder pousser. Dans la plupart des couples, c’est pareil, et voilà tout le monde sur arrosage automatique. Plus d’efforts à faire, plus d’attentions à prodiguer, plus de croissance à surveiller. Juste, de temps en temps, vérifier le débit et voilà votre couple sur des rails pour un bon bout de temps. Sauf qu’avec cette méthode-là, c’est le déraillement assuré à la première jupette qui passe. L’être humain a besoin de surprises, de nouveautés, de rebondissements ; pas uniquement, comme les légumes, de sa ration quotidienne d’eau. Aujourd’hui on veut aussi tous avoir le poil brillant, l’œil vif et la papatte agile. On veut rêver et faire rêver. Et l’arrosage automatique, ça, il ne sait pas faire.

D’amour et d’eau fraîche

Pour la majorité des gens, être amoureux, c’est vivre dans un rêve. D’accord, le dernier coupé sport de Porsche, l’intégralité de la collection Chanel dans son placard, la villa en bord de mer ou tous les modèles de chez Parallèle en taille 39, c’est pas mal non plus pour planer, mais à moins de gagner régulièrement au Tac-o-tac, il semble plus facile de tomber raide dingue de quelqu’un que tout à coup, crouler sous les millions.

La vie en rose

80 % des Français s’estiment satisfaits de leur vie amoureuse. 16 % pensent qu’une vie réussie correspond à un amour heureux. Et 23 % affirment que l’amour est la chose la plus importante qu’ils aient accompli dans leur vie.

Source : sondage IFOP/Psychologies, 2002

Lorsque Herman est entré dans la vie de Valérie, elle en a perdu l’appétit. Trop occupée à le manger des yeux, à l’envisager, à imaginer comment ils pourraient se sauter dessus. Complice, sympathique mais pas plus entreprenant que cela, elle ne savait pas quoi penser. À la maison, elle avait Olivier qui lui apportait toute la tendresse et la sécurité qu’elle désirait en même temps que la galipette réglementaire du dimanche matin. Mais l’apparente indifférence d’Herman lui donnait envie de continuer le jeu. En entamant une histoire parallèle, elle eut l’impression de devenir une héroïne des livres de la collection Arlequin, dont la vie semble toujours pleine de rebondissements. Elle se sentait vivante, rêvait toute éveillée, éprouvait la violence d’un désir inassouvi. Trop occupée à échafauder des plans afin de dépasser enfin le stade du fantasme – elle et Herman jouant à Tétris avec la partie la plus secrète de leur anatomie – elle ne déjeunait plus et passait son heure de pause à discuter avec sa proie. Après une cour assidue, jalonnée de la perte de quelques kilos pour cause de régime « d’amour et d’eau fraîche » – méthode d’amaigrissement unanimement réprouvée par tous les nutritionnistes au même titre que le régime Mayo ou Ananas -, Valérie et Herman finirent par se retrouver tous les deux à l’horizontale en tenue d’Ève.

Alors que chacun d’eux était engagé par ailleurs dans une histoire stable, leurs parties de jambes en l’air et la complicité qu’ils se découvraient les rendaient si heureux que leurs moitiés officielles profitèrent également de ce nouvel état d’esprit. Pour faire face à la vraie vie doublée de son cortège d’obligations toutes plus folichonnes les unes que les autres – dîners chez d’anciens copains de régiment alcooliques et dépressifs, déjeuners chez tante Augustine spécialiste mondiale de la distillation de nouvelles de ses amies ayant déjà un pied dans la tombe, repérages hebdomadaires au rayon soudure du « Brico Dépôt » de Nouillonpont et contre-visite à la Plate-forme du Bâtiment de Seclin le samedi après-midi – Herman et Valérie vivaient leur adultère comme un jardin secret vers lequel ils pouvaient s’échapper par la pensée, dès que la vie leur semblait trop grise. Ils étaient devenus des drogués, accros à l’amour clandestin.

« Un mauvais mariage vaut mieux qu’un bon procès. »

Francis Blanche, humoriste

Amour = cocaïne

Vous connaissez la phényléthylamine ? Plus commodément rebaptisée PEA, c’est une amphétamine naturelle qui stimule l’activité du cerveau et provoque des sensations d’extase euphorique. Grâce à elle, vous avez l’impression de flotter, vous êtes heureux, et comme sur « L’île aux enfants », vous aimez tout le monde et tout le monde vous aime. Cela ne vous rappelle rien ? Allez, encore un indice. Vous n’avez plus faim, ni soif, trop accaparé par l’objet de votre affection.. . Ça y est, vous y êtes ?

La PEA, c’est l’hormone du coup de foudre, une drogue naturelle secrétée par notre corps lorsqu’on tombe amoureux. Elle serait à l’origine de l’exaltation, de la joie, du bonheur que nous procure cet état en agissant à la fois sur notre cerveau reptilien, notre cortex cérébral et notre système limbique. Enchaîner une nuit blanche, passée à bavarder avec son amoureuse, à la cajoler, à lui faire l’amour, et une journée de travail, facile grâce à la PEA. Être à la fois distrait, plein de vie, sociable, optimiste et pourtant incapable de se souvenir pour la dixième fois de la semaine où sont les clefs de la maison et la voiture, normal, la faute à la PEA. Lorsqu’on se découvre une folle passion, notre corps commence à libérer des amphétamines naturelles. Comme la cocaïne ou l’héroïne, celles-ci shootent les centres cérébraux qui commandent les émotions. Comme sous l’emprise de drogue, le cerveau devient très vite saturé en informations, en sentiments. La perception du monde est altérée, les sensations sont décuplées. Vous avez l’impression de vivre à 10 000 à l’heure.

Le passionné vit comme si chaque instant devait être le dernier. Sa vie doit être électrique, jubilatoire. Pourtant, même s’il est persuadé d’avoir trouvé l’âme sœur dans sa nouvelle conquête, il n’est pas amoureux de la personne réelle mais des sensations qu’il éprouve. Valérie n’est pas amoureuse d’Herman. Elle n’a jamais réellement envisagé de tout quitter pour refaire sa vie avec lui. Elle est accro à ce qu’ils vivent ensemble, à leur complicité, à leurs coups de téléphone, à l’accélération que l’adultère a donné à sa vie. Grâce à cette passion fulgurante, elle se sent rajeunie, revivifiée, stimulée.

Dans Le Zubial d’Alexandre Jardin, un amoureux transi provoque des situations toujours plus rocambolesques afin d’éprouver des sensations de plus en plus fortes. Accro à la PEA, dès qu’il sent diminuer l’intensité de son coup de cœur, il change de partenaire avec le fol espoir de retrouver dès vite les sensations fortes des amphétamines de la passion. La PEA, c’est l’hormone de la fuite en avant.

Plus dure sera la chute

Dans la réalité, certains infidèles, ayant découvert ou redécouvert le charme des montagnes russes de la passion, s’embarquent dans une quête éperdue de l’amour parallèle. Comblés par leur vie conjugale, qui leur apporte la stabilité et le confort rassurants dont ils ont besoin, ils ne peuvent s’empêcher de courir en cachette derrière les sensations fortes. Ils se transforment en véritables drogués de l’amour. Des toxicologues ont démontré que les symptômes physiques, psychologiques et émotifs des personnes souffrant d’une peine de cœur, étaient similaires à ceux éprouvés par les toxicomanes lors des périodes de sevrage. Et comme la cocaïne, le crack ou l’héroïne, la passion adultère possède ses overdoses et ses bad trips. Votre compagne, qui rentre inopinément à la maison en plein après-midi pour changer son collant filé alors que vous êtes en train de rejouer la scène du beurre du Dernier Tango à Paris avec votre prof d’espagnol ? Bad trip. Une semaine de vacances crapuleuses grignotée à vos officiels afin de décliner le tome 12 du Kama- sutra illustré ? Overdose. Le mois réglementaire de congés conjugaux ? Sevrage insoutenable.

Si la quête de l’amour reste, avec le sexe, la raison principale pour laquelle on succombe à la tentation, tous les couples illégitimes ne finissent pas comme Roméo et Juliette, même avec un poignard à portée de main. Difficile de garder la tête froide lorsqu’on est pris par le tourbillon de la passion, mais vous devez faire la part des choses. Êtes-vous épris l’un de l’autre ou êtes-vous tout simplement amoureux de l’amour, de l’euphorie, du nuage sur lequel cette histoire vous a installés ?

« L’habitude est une forme d’usure, elle efface les contours de nos chères amours, les recouvre d’une poussière sous laquelle nous ne les voyons plus. »

Marcelle Auclair, journaliste

 

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